Le 11 septembre 2001 (2001)
Le conflit israélo-palestinien : Ensemble pour la paix
! (2002)
Non a la guerre d'IRAK (2003)
Colonisation "positive" ? (2005)
Crise des banlieues
La nouvelle vague d'attentats au Maghreb (2007)
11 septembre 2001. Trois avions détournés s’écrasent au cœur de l’Amérique, son cœur financier à New York, son cœur militaire à Washington. On dénombre des milliers de victimes et de disparus. Face à ce drame, l’émotion fait vite place à la colère. Ce crime odieux doit être condamné avec vigueur. Tout doit être fait pour rechercher ses commanditaires, les arrêter et les punir.
L’objectif des assassins était d’humilier la première puissance du monde et de lui montrer qu’elle n’était pas invulnérable. Cet objectif est pleinement atteint. Mais, si la preuve est faite de la culpabilité de réseaux islamistes, n’oublions pas que leur objectif principal reste avant tout de dresser, dans un combat frontal, tous les musulmans contre tous « les infidèles et les impies ». Les attentats du 11 septembre représentent donc un véritable piège, dans lequel certains Américains sont vite tombés, des plus hauts dirigeants aux plus humbles citoyens. Aux imprécations islamistes hystériques venues de Londres ou d’Islamabad, ont alors répondu les imprécations hystériques de la droite religieuse américaine, invoquant Dieu, la Bible, le combat du « Bien contre le Mal » et de nouvelles « croisades ». En Amérique comme en Europe, beaucoup de médias ont entretenu ce climat irrationnel, à coup de dramatisation, d’amalgames douteux et de visions simplistes. Les intégristes de tous bords se délectent de voir ainsi monter les tensions, les invectives et les haines. Laissera t’on les assassins du 11 septembre gagner aussi sur ce front ?
Faut-il rappeler que, si des milliers d’hommes et de femmes, de toutes nationalités et de toutes confessions, ont péri dans les tours de Manhattan, c’est par centaines de milliers que des musulmans du monde entier meurent depuis des années sous les coups des « fous de Dieu » : en Algérie, en Asie centrale, dans tout le monde musulman, c’est d’abord à des musulmans que les intégristes se sont attaqués, ce sont les musulmans qui ont payé le plus lourd tribut à cette folie sanguinaire.
Et aujourd’hui, c’est l’immense majorité des musulmans qui doivent, en plus, subir la honte de voir ainsi la religion de leurs pères défigurée et déshonorée. Prenons garde de ne pas en rajouter. Car, à laisser se multiplier les humiliations et les agressions, en Bosnie, en Irak, en Palestine ou en Tchétchénie, et à faire aujourd’hui de l’islam un nouveau bouc émissaire, c’est la voix des mauvais bergers qui finira par s’imposer dans un monde musulman que nous aurons réduit au désespoir.
Coup de soleil est né, voici plus de 15 ans, dans un cercle d’amis originaires du Maghreb, immigrés ou rapatriés. Nous ne voulions pas que reviennent les intolérances et les affrontements qui ont marqué la colonisation puis la décolonisation et qui nous ont conduits à l’exil.
Face au drame que vient de vivre l’Amérique, notre maître mot reste, plus que jamais, la solidarité. Cette solidarité, nous tenons à la réaffirmer d’abord aux familles que la mort a frappées en Amérique. Nous voulons la témoigner également à tous les musulmans qui luttent sans relâche, au péril de leur liberté, au péril de leur vie, contre les dictatures et les obscurantismes. Nous voulons la témoigner aux militants de la paix qui se battent, en Israël et en Palestine, pour que la justice et la paix l’emportent enfin au Proche-Orient. C’est avec eux tous que nous gagnerons le combat contre l’injustice et contre la haine.
Fait à Paris, le16 avril 2002
Les derniers développements du conflit israélo-palestinien bouleversent tous ceux qui sont attachés aux valeurs de paix, de justice et de dignité de la personne humaine. Ces événements tragiques ont aussi des conséquences dans notre pays où s’accroissent les tentations de solidarités « communautaires », véritables matrices de tous les racismes.
Originaires ou amis du Maghreb, immigrés ou rapatriés, chrétiens,
juifs, musulmans ou libres penseurs, nous militons au sein de l’association
Coup de soleil pour promouvoir la meilleure connaissance et le respect de
l’autre, sur les deux rives de la Méditerranée. Nous
le faisons pour éviter de revivre les injustices, les intolérances
et les affrontements dont a été marquée notre histoire
commune. Ayant toujours respecté en notre sein la pluralité
des analyses sur la situation en France, au Maghreb ou en Méditerranée,
nous n’en sommes que plus à l’aise pour appeler au rassemblement
sur quelques points fondamentaux :
1) une condamnation sans équivoque de tous les actes racistes quelles
qu’en soient la nature et la cible visée : insulter ou agresser
un être humain ou une institution parce qu’ils sont «
juifs » ou qu’ils sont « arabes » est un acte stupide
et détestable qui doit être combattu avec détermination
à tous les échelons de notre société, sous peine
de la voir très vite gangrenée par ce fléau ;
2) une condamnation sans équivoque de toutes les dérives « communautaristes » qui visent à diviser la Nation en fonction des origines géographiques, culturelles ou religieuses de nos concitoyens, les dressant artificiellement les uns contre les autres, au seul bénéfice de « représentants » auto-proclamés qui en font un objet de pouvoir ;
3) le soutien sans faille à toutes les forces de paix qui luttent
courageusement, parmi les organisations juives et arabes de France, parmi
les défenseurs des droits de l’homme et dans tout le milieu
associatif, pour combattre ces dérives au nom des valeurs fondatrices
de la République ;
4) le refus déterminé de cautionner, si peu que ce soit, tous
les actes « de guerre » dont sont victimes les populations civiles
en Israël et en Palestine. Rien ne justifie que des kamikazes tuent
aveuglément des hommes, des femmes et des enfants dans les villes
israéliennes. Rien ne justifie que des colons armés et des
soldats d’une armée d’occupation tuent aveuglément
des hommes, des femmes et des enfants dans les villes palestiniennes ;
5) un appui efficace à la «Coalition israélo-palestinienne pour la paix » qui, malgré la tourmente, rassemble mouvements et personnalités israéliens et palestiniens pour sauver l’essentiel, en refusant le terrible engrenage du «terrorisme du désespoir » et du «terrorisme d’Etat» ;
6) la réaffirmation qu’aucune solution du conflit n’est envisageable hors du respect du droit international, des résolutions des Nations-unies et des accords conclus entre les deux parties, sur la base du principe fondamental de « la paix contre la terre » qui vient d’être opportunément repris dans le « plan Abdallah » ; il s’agit :
- du droit pour les Israéliens de vivre en paix, dans les frontières qui étaient les leurs avant la guerre de 1967 et qui seront reconnues et garanties par l’ensemble de la communauté internationale et particulièrement les Etats arabes du Proche-Orient ;
- de l’évacuation par Israël de tous les territoires conquis en 1967, sous réserve de « rectifications » négociables entre les deux parties ;
- de la création, sur ces territoires de Cisjordanie et de Gaza, d’un Etat palestinien pleinement souverain, dont l’existence serait également reconnue et garantie par l’ensemble de la communauté internationale et particulièrement par l’Etat d’Israël ;
- de la négociation, sur la base du « plan Clinton », d’un statut particulier de Jérusalem permettant d’y installer la capitale d’Israël et la capitale de la Palestine, tout en assurant le libre accès de tous aux Lieux-saints chrétiens, juifs et musulmans.
Devant l’imminence d’une guerre annoncée, Coup de soleil appelle ses adhérents et ses amis à participer massivement aux manifestations qui se déroulent le samedi 15 mars 2003 contre la guerre en Irak.
Evoquant des prétextes successifs peu crédibles, usant facilement de l’injure, de la menace et de la manipulation, les dirigeants américains ont du mal à cacher une volonté de puissance politique et économique sans mesure. Quelle que soit l’aversion profonde que nous inspire le régime irakien, c’est aux Nations Unies qu’il appartient de décider, collectivement, d’une politique.
Ce sont les décisions unilatérales de l’hyper-puissance américaine qui menacent aujourd’hui la sécurité du monde : nouvelles souffrances infligées au peuple irakien, déjà mis à mal par la dictature et l’embargo, désespérance renforcée dans le monde arabo-musulman, affaiblissement du système de sécurité collective des Nations Unies, tels sont les premiers risques que nous fait encourir la folle obstination du président des Etats-Unis et de ses conseillers.
Où qu’ils soient à travers le monde, les fondamentalistes chrétiens, juifs et musulmans rêvent ensemble de cet affrontement. C’est ensemble que nous leur manifesterons notre opposition déterminée.
Fait à Paris, le 14 mars 2003
Jacques Ferrandez et Georges Morin ont été invités, du 20 au 23 décembre 2005, à présenter leurs deux livres (1) au public des Centres culturels français de Constantine et d’Alger. Extrait de leur journal de bord, à propos des deux questions centrales qui préoccupaient leurs auditeurs :
Le public est non seulement nombreux mais il comprend toutes les générations et il est passionné. Deux questions émergent aussitôt avec force : la révolte des banlieues de France il y a quelques semaines et la loi du 23 février 2005, dont l’article 4 appelle chercheurs et enseignants de France à " reconnaître le côté positif de la présence française Outre-Mer, notamment en Afrique du Nord ".
Banlieues : l’échec
Sur la première question, on sent nos interlocuteurs avides de comprendre
: ils ont vu chaque soir à la télévision française
ces images hallucinantes d’un pays à feu et à sang mais
ils ont tous de la famille en France et ils ont très vite relativisé
les choses. Mais ils veulent comprendre. Nous essayons donc d’expliquer
cet échec de la République, qui a laissé s’accumuler
sur certains territoires urbains un maximum de handicaps : l’explosion
qui
s’est produite, avec des violences quasi suicidaires qu’il faut
condamner, est le fruit de cette surdose de frustrations. Le cri de ces
jeunes nous paraît, pour l’essentiel, non pas un cri de haine
mais au contraire un appel à l’égalité, à
la dignité et à l’espoir.
Positif ? Vous avez dit positif ?
Quant à la loi de février, Jacques et moi en avons beaucoup parlé, depuis deux semaines et ce matin encore à Marseille avec Jean-Jacques Jordi. Nos analyses concordent : il s’agit d’une loi électoraliste, qui vise, selon ses promoteurs, à " défendre les pieds-noirs et les harkis ". Quand donc nos élus cesseront-ils de prendre nos compatriotes pour des citoyens débiles qui voteraient comme des moutons ? Quand comprendront-ils qu’il n’y a pas en France de vote pied-noir, comme il n’y a pas de vote protestant, de vote juif ou de vote beur, que dans ces populations comme chez tous les Français, chacun se détermine pour partie en fonction de sa propre histoire, mais surtout de son appartenance sociale, de son éducation, de ses rencontres, de ses conditions de vie et de travail ? Le problème vient sûrement du fait que, dans toutes ces minorités qui font aussi la France, certains s’en sont auto-proclamés les représentants alors qu’ils ne représentent souvent qu’eux-mêmes ! Mais les élus et les journalistes privilégient toujours le point de vue de ces " représentants ", le seul qui s’exprime. Et, pour les Pieds-noirs, cela est dramatique, car cela conforte dans beaucoup d’esprits l’image d’une pseudo "communauté " bornée, raciste et revancharde : puisqu’ils sont censés regretter " le bon temps des colonies ", on va donc leur faire plaisir et glorifier la colonisation ! Et, comme toujours depuis 1962, les mâchoires du piège se referment : ou bien l’on dit du mal du système colonial et on doit donc attaquer les Pieds-noirs ; ou bien on soutient les Pieds-noirs et on doit donc encenser la colonisation ! Cela nous est insupportable ! Pour Ferrandez, Morin, Jordi et tant d’autres Européens d’Algérie (ceux qui militent à Coup de soleil notamment), nous avons compris depuis longtemps tout le mal qu’ont pu représenter pour les Algériens la conquête, avec son cortège de massacres et de spoliations, puis l’humiliation et l’indignité permanentes que faisait peser sur eux un système colonial brutal et inégalitaire par essence. Pour autant, et c’est là-dessus que nous insistons, nous n’acceptons pas que l’on fasse porter tout le poids de ce drame historique sur nos épaules ou sur celles de nos parents. Qu’il y ait eu de francs salauds et des racistes à tout crin parmi les Pieds-noirs, qui songerait à le nier ? Mais est-il un peuple qui échappe à cette lèpre ? La mère de Camus ou celle de Roblès étaient femmes de ménage, le père de Ferrandez médecin à Belcourt, la mère de Morin infirmière à Constantine : étaient-ils des bourreaux ou des tortionnaires ? Doivent-ils et leurs enfants après eux, être déclarés responsables de la conquête, des enfumades, de l’indignité et de la répression ? Bien pire encore : sont-ils censés en tirer, de manière quasi atavique, un quelconque titre de gloire ? Allons plus loin, cependant : tout en acceptant cette version des choses, beaucoup de Pieds-noirs et d’autres Français avec eux d’ailleurs, avancent en toute bonne foi que la colonisation a quand même eu quelques aspects positifs pour les Algériens : des villes et des villages, des ports, des barrages, toutes sortes d’infrastructures modernes construites par la France. Cela est vrai mais encore faut-il se rappeler pour qui tout cela a été construit, c’est-à-dire pour le bien-être des Européens et pour celui de l’économie française ; et cela cohabitait avec un sous-développement généralisé dans le monde rural où vivaient 90% des Algériens. Alors certes, aujourd’hui les Algériens en profitent mais ils l’ont payé cher tout au long de la colonisation. Reste alors l’incompressible : la santé (hôpitaux, dispensaires, etc.) et l’éducation (écoles, collèges, lycées, médersas, université d’Alger, etc.). Bien sûr, ce serait injuste de le nier, sauf qu’il faut là aussi comprendre que seule une minorité d’Algériens en bénéficiaient. Que les plus déterminés d’entre eux se soient ensuite approprié la langue française et les valeurs de la République pour contribuer à se libérer du joug colonial, alors là, oui, ce clin d’œil de l’Histoire peut nous faire plaisir !… Et puis, comment ne pas évoquer cet autre produit "positif " d’une histoire tragique : l’existence de ces millions de Français d’Algérie et d’Algériens de France, qui sont autant de passerelles potentielles entre les deux pays !
Tout le monde, et ce fut notre conclusion, en a assez de ces histoires officielles, simplistes et réductrices que l’on veut imposer dans les esprits, en France comme en Algérie. Elles n’ont pour effet que de cacher les réalités, d’empêcher nos peuples de comprendre leur histoire et donc de l’assumer pleinement pour pouvoir bâtir solidement leur avenir.
Fait à Paris, le 23/12/05
Alger est retombée dans le cauchemar : les morts, les blessés, les traumatismes et, surtout le retour de cette terrible angoisse de tous les instants. Le Maroc et la Tunisie ont également connu, la veille à Casablanca et il y a deux mois à Tunis, d’autres évènements inquiétants.
Nous avons donc à cœur de redire à tous nos amis et compatriotes du Maghreb que nous ne les lâcherons pas dans le malheur et que nous sommes, plus que jamais, à leurs côtés.
Les attentats ont été revendiqués par une mouvance intégriste qui instrumentalise la religion à des fins politiques et tente d’imposer à tous, de manière de plus en plus violente, une vision défigurée de l’Islam. Au Maghreb comme en France et en Europe, les Etats ont le devoir de protéger la population et de combattre ces agissements criminels. Ils doivent le faire, faut-il le rappeler, dans le respect des droits universels de l’homme et du citoyen.
Mais nous savons aussi que, si la répression de ces agissements criminels s’impose, le Maghreb ne sortira de ce drame qu’en donnant à tous ses enfants le sentiment que la dignité de chacun, le développement économique, la justice sociale, la liberté d’expression et la démocratie politique ne restent pas de vains mots. Nous savons enfin toute la responsabilité de la communauté internationale dans son incapacité à imposer, au Proche-Orient, des solutions susceptibles de sortir les peuples de la région des humiliations et des souffrances qu’ils endurent chaque jour.
Depuis bientôt 22 ans, Coup de soleil tente de lutter pour que les valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité, de dignité et de laïcité structurent solidement nos sociétés, en France, au Maghreb, en Méditerranée. Nos sociétés vont mal et les attentats d’Alger en apportent une nouvelle et terrible illustration. Le travail des militants de Coup de soleil y trouve, s’il le fallait, une nouvelle justification.
Fait à Paris, le 21 avril 2007
Henri BERTHOLET (maire de Romans-sur-Isère), Jean-Marie BOCKEL (maire de Mulhouse), François CUILLANDRE (maire de Brest), Gilles CATOIRE (maire de Clichy-la-Garenne), Jean-Pierre CHEVENEMENT (maire de Belfort), Gérard COLLOMB (maire de Lyon), Bertrand DELANOE (maire de Paris), Michel DELEBARRE (maire de Dunkerque), Michel DESTOT (maire de Grenoble), Camille DURAND (maire de St-Jean-de-Boiseau), Jean-Claude GAUDIN (maire de Marseille), Michel ISSINDOU (maire de Gières), Charles JOSSELIN (sénateur des Côtes d’Armor, président de Cités-unies-France), Alain JUPPE (maire de Bordeaux), Philippe MADRELLE ( président du Conseil général de la Gironde), Georges MORIN (maire-adjoint de Gières, président du groupe Algérie de Cités-unies-France), Jean-Jack QUEYRANNE (président du Conseil régional de Rhône-Alpes), Bernard STASI (ancien président de Cités-unies-France), André VALLINI (président du Conseil général de l’Isère), René VANDIERENDONCK (maire de Roubaix), Michel VAUZELLE (président du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur).